Pourquoi il ne faut pas justifier le texte sur le Web ?

Publié le 5 janvier 2026 par Emmanuel
Le texte justifié, pour l’édition papier, est la norme de l’élégance. Cependant, sur le Web, cette pratique devient une barrière majeure à l’accessibilité. Entre les exigences internationales des WCAG, le cadre réglementaire français du RGAA et les règles de qualité de l’Opquast, le consensus est clair : pour être lu par tous, le texte doit être aligné unilatéralement, généralement à gauche.
La Règle d’Or de la Qualité Web : Opquast 191
L’une des références majeures de la qualité Web en France, le référentiel Opquast, intègre cette exigence de manière explicite. La règle n° 191 nouvelle (anciennement règle n° 186 dans la version précédente) énonce que « les styles ne justifient pas le texte ».
L’objectif de cette règle est double : faciliter la lecture à l’écran, en particulier pour les personnes dyslexiques, et améliorer l’accessibilité globale des contenus. Pour être conforme à ce standard de qualité, les développeurs et designers doivent s’assurer de l’absence de la propriété CSS text-align: justify et de l’attribut HTML obsolète align="justify" dans le code.
Le Cadre International : WCAG 1.4.8
Au niveau international, les Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) traitent cette question via le critère de succès 1.4.8 (Visual Presentation), classé au niveau AAA. Ce critère exige que l’utilisateur dispose d’un mécanisme pour afficher le texte sans justification ou que le texte ne soit pas justifié par défaut.
Le but est d’éviter les « rivières de blanc » (rivers of white), ces espaces vides verticaux créés par une justification automatique mal gérée par les navigateurs. Ces rivières distraient l’œil et peuvent rendre le texte totalement illisible pour certains utilisateurs.
La Réglementation Française : RGAA 4.1.2
Le RGAA (Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité) applique ces principes dans le contexte administratif français. Si la version 3 comportait un critère frontal (10.9) interdisant la justification, la version 4.1.2 l’aborde de manière plus structurelle via la Thématique 10 « Présentation de l’information ».
Le critère 10.1 impose que la présentation soit gérée par des feuilles de style externes plutôt que par des attributs HTML. En éliminant les attributs comme align, le RGAA garantit que l’utilisateur garde le contrôle sur l’apparence du texte, lui permettant de désactiver une éventuelle justification imposée pour retrouver un confort de lecture.
L’Impact sur les Utilisateurs
Pourquoi un tel acharnement contre la justification? La réponse réside dans trois raisons concrètes :
- Avec un alignement à gauche, la marge droite est irrégulière. Ces « escaliers » servent de repères visuels indispensables pour que l’œil retrouve instantanément le début de la ligne suivante sans se perdre ou sauter un paragraphe.
- La justification force des espaces aléatoires entre les mots. Pour un utilisateur dyslexique, ce manque de rythme visuel rend le décodage des phrases beaucoup plus lent, imprévisible et fatigant.
- Quand on zoome à 400% (critère 1.4.10 WCAG Reflow AA), les colonnes deviennent très étroites. Le moteur de rendu du navigateur crée alors des « trous » gigantesques entre les mots pour combler la largeur fixe, ce qui rend le flux de lecture totalement haché.
En résumé, l’alignement à gauche n’est pas un manque de soin esthétique, mais une décision de design inclusive. En respectant la règle 191 nouvelle de l’Opquast et les critères des WCAG/RGAA, vous garantissez que votre contenu reste accessible, fluide et compréhensible pour l’ensemble de vos utilisateurs, quelles que soient leurs capacités visuelles ou cognitives.
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